Après le dernier article sur l'Identité, voici maintenant un article sur l'évolution des systèmes de paiement en Inde.

UPS :  Unified Payment System
Créé par la National Payment Corportation of India (= banque centrale d'Inde + presque toutes, si ce n'est toutes les banques d'Inde), le Unified Payment System est une plateforme permettant d'unifier, standardiser, faciliter les paiements. Exemples: possibilité de consulter son solde, ou ses 5 dernières transactions sur tout distributeur automatique (pas seulement celui de son réseau de banque). Possibilité de faire des virements de compte à compte, association de son Aadhaar UID à son compte en banque (obligatoire d'ici le 31 dec 2017 si vous vous souvenez l'article précédent ;-) etc ...

*99#
Basé sur ce système (je vous passe le réseau de distributeurs automatiques, la National Automatic Clearing House, etc ...) on a aussi le *99# généralisé le 30 décembre de l'année dernière (avant ça ne marchait pas chez tous les opérateurs mobiles).

C'est quoi ça ? Et bien c'est simple : même avec un téléphone tout pourri, sans connexion internet (juste SMS ça suffit) le *99# permet d'envoyer de l'argent (ou payer chez son commerçant) vers :

  1. un numéro de mobile
  2. un numéro UPI (c'est un numéro qu'on peut se créer histoire de pouvoir recevoir des roupies sans forcément donner son numéro de mobile au premier pervers qu'on croise)
  3. un Aadhaar (ben oui, tant qu'à faire ...)
  4. Et pour les plus has been, vers un numéro de compte en banque (le truc super long qui rentre à peine dans un SMS genre IBAN, BIC, ...)

Le *99# permet également de consulter son solde, ses 5 dernières opérations, vérifier l'état de la liaison de votre compte en banque avec votre Aadhaar (vous ai-je dis qu'il vous était gentiment conseillé de lier votre compte en banque à votre Aadhaar ID avant le 31 décembre ? Après ce n'est absolument pas une obligation. Votre compte bancaire sera juste gelé, y a pas non plus mort d'homme.)

D'ailleurs, nous tenons à répéter qu'obtenir un identifiant unique Aadhaar (avec la photo, scan des 10 empreintes digitales et 2 iris qui vont avec) n'est en aucun cas obligatoire en soit. C'est juste que pour obtenir des aides gouvernementales, remboursements d'impôts, bourses scolaires, etc ... il faut donner son Aadhaar. ;-)

Bon, après j'ironise, mais les argumentaires justifiant l'Aadhaar s'entendent aussi, dans un pays où la corruption fait que souvent, entre le gouvernement et le bénéficiaire final, les aides et allocations se perdent souvent en route. Aadhaar est ou sera peut-être un moyen terriblement efficace pour contrôler la population, en attendant, c'est quand même un outil efficace contre la corruption. Bref, je ne rentrerai pas plus dans les détails. Fermons la parenthèse.

PayTM
Pour compléter l'horizon un petit lien vers Paytm qui semble une application très répandue (peut-être autant que M-Pesa au Kenya) pour payer avec son smartphone (biens, services, facture d'électricité, etc ...), mais aussi pour accepter les paiements sans avoir à souscrire à un terminal de carte bancaire pour les commerçants: un simple smartphone suffit.

Cashless  Society
Avec tous ces systèmes numériques, basé sur l'UPI, on se demande s'il est encore besoin d'argent liquide. Et d'ailleurs, l'objectif du gouvernement est clairement, à terme, de se débarrasser de l'argent liquide et que l'Inde devienne une cashless society. (société sans cash)
Le 8 novembre 2016 à 20h, le premier ministre, dans une intervention télévisée surprise annonce que les billets de 500 et 1 000 roupies (les deux plus gros billets en circulations, plus de 60% de la masse monétaire en liquide. Pour info, compter 750 roupies pour 10 € ) n'étaient plus valable à partir de ... minuit !!!

Dans un pays où seul une minorité semble posséder un compte en banque, donc où beaucoup de gens ont toute leurs économies en liquide, on peut imaginer la pagaille !!!
Tous les billets durent être ramenés auprès des banques. De nouveaux billets de 500 et 2 000 roupies furent émis, mais l'on pouvait en retirer beaucoup moins qu'on pouvait en déposer. D'ailleurs, même le montant des dépôts était limité par jour et par personne. Pendant des mois, les indiens ont fait la queue pour déposer leurs anciens billets qui ne valaient plus rien, et en prendre de nouveaux. Ca a donné lieu à une jolie pagaille, des grèves, des chômages, des ruines et quelques morts. Le traffic (sexuel) d'être humain a aussi connu une mauvaise période les premiers mois (rapports d'ONG dans ce sens) mais maintenant que les indiens ont eu plusieurs mois pour récupérer du liquide, ça va mieux. Les faux monayeur n'ont pas du passer un bon noël non plus. C'est quand même vache de leur faire ça avant les fêtes.
Les plus touchés furent ceux qui n'avaient pas de téléphone portable et se faisaient payer habituellement en liquide.

Au final, cette petite pantalonnade a certes un peu boosté les systèmes de paiement numériques pré-cités dans cet article, mais certains technosceptiques ont quand même critiqué le gouvernement pour le caractère assez improvisé de l'opération dans son ensemble, et quand à moi qui vous écris ces lignes dans mon TGV, je me demande encore où le gouvernement voulait vraiment en venir: supprimer les billets de 500 et 1000 roupies, si c'est pour ré-imprimer derrière de nouveaux billets de 500 et 2000 roupies ... what's the point??

Bon, allez, la prochaine fois, on parlera du BitCoin ;-) !!!