L'année du pic

L'année du pic sera une année gravée dans tous les livres d'histoire. Une année charnière pour l'humanité. Une année qui marquera la fin d'un age d'or, et probablement le début d'une terrible décroissance. (décadence ?)

L'année du pic, c'est année durant laquelle la production de pétrole atteindra son maximum ... avant de décroitre. Pas de panique, ce n'est pas la fin du pétrole, il en restera toujours beaucoup. Grosso modo, il en restera la moitié de ce qu'il y avait au départ. Mais cette année du pic nous dira : voilà, vous avez consommé la première moitié du pétrole existant. La moitié facile, la moitié du pétrole qui jailli. La moitié du plus en plus. Maintenant, il vous reste la deuxième moitié. La moitié du pétrole qu'il faut aller chercher toujours plus loins, toujours plus profond. La moitié du moins en moins.

A partir de l'année du pic, on produira de moins en moins de pétrole, d'année en année. Un pétrole qui sera de plus en plus chère à produire, parce qu'il faudra aller plus profond, ou bien issu de roches moins riches, où le pétrole est visqueux, bitumineux, et a une vilaine odeur de poisson pas frais.

Finir le pétrole aux huiles légères à faire léviter le professeur Tryphon Tournesol.

Que se passera-t-il alors ?

La première évidence, en parant du principe que tout ce qui est rare est chère, c'est que le pétrole, devenant de plus en plus rare, deviendra de plus en plus chère.

C'est à ce moment là qu'on va réellement commencer à douiller et qu'on va réaliser à quel point tout dans notre société est rendu possible grace au pétrole.

Transports : bien sur, c'est la première chose qui vient à l'esprit. Fini les avions, bazardé l'A380. Multipliez le prix des billets par 3, c'est toute l'industrie de l'aéronotique civile qui disparait. Ne reste que quelques compagnies réservées à une élite d'homme d'affaires fortunés.

Les voitures ... on vera rapidement qu'un super à 3 euros le litre est un excellent remède contre les bouchons.

La fin de l'hyper-mobilité

Alors ce sera la fin progressive de notre civilisation hyper-mobile. Se manger 200 km de voitures / jour pour aller au boulot, vivre la semaine à Paris et passer ses week-ends dans sa maison de campagne en Bretagne, faire 5000 km d'avions pour passer une semaine sur des plages exotiques.

Bien sur, tout celà ne disparaitra pas d'un coup, mais toutes ces comoditées sur lesquelles sont basées notre organisations du travail et nos vacances, vont devenir sensiblement plus chères chaques années.

La fin du reigne automobile

Là, difficile effectivement de continuer a alimenter sa voiture quand le litre de super est a 5 euros. Certe les constructeurs feront de gros efforts pour diminuer la consomation des voitures, mais comprenez bien qu'après l'année du pic, du pétrole, il y en aura de moins en moins. Le progrès techniques auront du mal à compenser la courbe décroissante de la production pétrolière mondiale.

La fin de la mondialisation

Une autre conséquence sera la fin de la mondialisation facile. La mondialisation est rendu possible parce qu'elle est rentable : parce que les transports ne coutent rien, et qu'il est donc moins couteux de produire des chemises en Chine et de les transporter ensuite en France.

Multipliez le prix des transports par dix, et ouvrir une petite manufacture de chemises porte de Pantin deviendra peut-etre plus rentable que de délocaliser en Orient.

La fin de l'agriculture ...

Une chose que l'on oublie assez facilement, c'est que la majorité de notre production agricole est rendue possible grace à deux choses : les engrais, les pesticides. Or ces deux types de produits sont directement issus du pétrole. Là encore, je ne dis pas que tout va disparaitre du jour au lendemains, mais la donne économique va profondément changer. Un bon coup de pousse pour l'agriculture bio qui minimise l'utilisation des ces produits, et de gros problèmes en perspectives pour l'agriculture productiviste dont les rendements sont assurés par des dérivés du pétrole.

Prenons l'exemple concret des pecheurs bretons : ils manifestaient il y a quelques mois, lorsque le pétrole était encore à 50 dollars le baril, parce que le prix du carburant à mettre dans leur bateaux rendait leur pêche non rentable. C'est ce qui va se passer à de nombreuses échelles : il faudra dépenser plus en pétrole que la valeur des produits que l'on va obtenir grace à ce pétrole dépensé.

Pas quand, comment

Alors quand ?

Notez que personne ne fait allusion au pic de Hubbert. Tout le monde parle du pétrole en général et on peut lire à peu près partout que du pétrole, il en reste encore pour 40 ans. (C'est cool, j'entends ça depuis que je dois avoir 15 ans, soit depuis une vingtaine d'années). Mais le choc ne sera pas tant quand il n'y aura plus de pétrole, mais quand il y en aura "moins que l'année dernière".

Le problème n'est plus alors vraiment de savoir quand, mais comment. Parce qu'une chose semble certaine : cette année du pic de Hubbert, nous la vivrons. Aussi vrai que nous avons fait la fête le 31 décembre 1999, et que le lendemain, nous avons pu nous dire, ben voilà, on est en l'an 2000. Dans quelques années, nous serons tous un peu plus vieux, mais pas tant que celà. Nous serons encore vivants. Nous aurons résolus certains de nos problèmes, et découvert de nouveaux, comme nous savons si bien le faire depuis que l'homme est l'homme. Alors, un petit bonhomme dans le poste nous expliquera que pour la première fois dans l'histoire industrielle, on a produit moins de pétrole cette année que l'année précédente. Le début de la fin. Le nouvelle se répendra aussi vite qu'un virus sur internet, le cours du brut prendra 50 dollars d'un coup, et il nous restera à répondre à la seule véritable question : comment faire ?

Incrédulité, colère, acceptation

Devant une terrible mauvaise nouvelle, l'homme adopte généralement trois attitudes successives :

- l'incrédulité : c'est l'état dans lequel nous sommes actuellement. En dehors de quelques charlots, personne n'y croit vraiment, pas à ce point là, ça ne va pas être si pire, on trouvera bien une solution, encore les écolos qui essaient de nous faire paniquer ...

Cette année du pic va entrainer un boulersement si énorme qu'il faudrait au moins dix ans pour préparer nos infrastructures, nos modes de vie, nos lois ... pour correctement anticiper l'onde de choc.

A ce rythme là, quand on voit que tous les économistes basent encore leurs théories sur la croissance, quand on voit que Renault espère vendre 700 000 Logan par an en 2010, on se dit que personne ne croira au pic tant qu'on n'y sera pas. Tant qu'un petit comptable n'aura pas fait le calcul trois fois de suite, incrédule lui même quant à son résultat, et dira à son directeur le teint blème : "heu, ... on a produit moins de pétrole cette année que l'année dernière !!!"

- colère : la seconde réaction humaine une fois qu'il devient impossible de nier l'évidence de la catastrophe, c'est une noble et sainte colère. Et c'est claire, ça va gueuler. Quoi, remettre en cause mon mode de vie ? Ma consomation à outrace, mon hyper-mobilité ? Les américains seront certainement les premiers à hurler. Souvenez vous que Bush l'a dit lui même "the american way of life is not negociable". C'est limpide. Ils consomment actuellement 25% du pétrole mondial. La production de pétrole peut donc être diviser par 4, s'ils se débrouillent pour que plus personne d'autre ne puisse consommer les 25% qui restent, leur "way of life" restera intact.

Gageons que beaucoup feront ce raisonnement, ils l'ont sans doute déjà fait avant d'envahir l'Irak. L'Irak n'aurait donc pas été envahi en raison de sa possession d'armes de destruction massives ?

La colère ne sera pas qu'américaine. En gros, tous les pays riches, vont y aller. On va avoir de l'authentique "chacun pour son pétrole". Une jolie foire d'empoigne, et qu'importe si le pétrole aurait pu contribuer à développer les pays pauvres. C'est beaucoup moins important que de nous permettre de partir de Paris chaque week-end dans notre 4x4 climatisé.

Les lobbys automobiles seront implacables, ils noyauteront les gouvernements pour que le pire soit fait pour continuer à nourrir les voitures. Mais tout le monde ira de sa gueulante : les agriculteurs, les routiers, les pécheurs, ... tous en lutte pour la survie de leur système basé sur le pétrole.

- l'acceptation : c'est à mon humble avis ce qu'il sera le plus difficile à atteindre. C'est ce qui sauvera éventuellement l'humanité d'une barbarie à la Mad Max, d'une cataclysme guerrier, tout le monde bombardant les voitures de l'ennemi pour s'assurer la jouissance exclusive des derniers barrils d'or noir.

Si déjà vous acceptez la remise en cause de notre mode de vie (nous rend-il si heureux que celà ?), si vous remetez en cause la possession obligatoire d'une voiture comme condition au bonheur, alors c'est déjà gagné. Nous évoluerons, nous nous adapterons, réviserons notre consommation à la baisse, et tout ce qui va avec :
    - polution, transports, bruit, pesticides, engrais, viande à tous les repas, obésité, mondialisation, ...

Le vrai dangers de cette nouvelle ère, se sont les énervés, ceux qui nieront l'évidence, ceux qui tueront leur voisin pour garder leur "way of life". Si on arrive à gèrer ceux-là, alors celà sera pas rose tous les jours, mais on aura quand même quelques chances de garder quelques parcelles d'humanité intactes.

Pour en savoir plus, lire le numéro de cette semaine de Courrier International.
Voir aussi http://www.myfootprint.org/ pour calculer votre propre consommation. Très amusant, ça prend 10 minutes.