Chris Anderson sort un bouquin sur la gratuité que je cartonne dans un commentaire sur Internet Actu. Je recopie mon commentaire ici, histoire d'y lancer la discussion.

Faut vraiment être un gourou 2.0 pour écrire que la gratuité est l'avenir de l'économie dans un monde où les prix du pétrole, des métaux, du blé et autres aliments, montent très rapidement, déclenchant émeutes de la fin dans une trentaine de pays en 2008 et crise financière mondiale.

(pour ceux qui n'auraient pas compris la chaine des évènements :
 -1- le pétrole se met à augmenter singulièrement dès 2006
 -2- de nombreux ménages américains (les plus pauvres), pour qui essence et chauffage sont des dépenses "non négociables", sont prix dans un effet ciseaux entre leurs revenus qui stagnent depuis des années et une facture énergétique en pleine expansion.
 -3- incapables de boucler leurs budgets, ils ne peuvent plus rembourser leurs maisons
 -4- les banques spécialisées dans les subprimes sont les premières à s'écrouler, entrainant avec elles tout le système financier qui ne sera ressucité qu'avec l'aide de centaines de milliards d'argent publique.
 -5- se sont maintenant les états, pris entre crise financière et crise économique, qui vont devoir jongler avec leur propre dette colossale.
 -6- ont peut imaginer que de nombreux états s'étoufferont de leur dette, la prochaine crise arrivant quand les états seront en cessation de paiement comme l'Islande, ce grand pays ... de 300 000 habitants.)

Pour en revenir à Chris Anderson et l'économie réelle, on ne peut pas tendre vers la gratuité dans un monde où toutes les matières premières deviennent de plus en plus chères (et oui, la terre est un monde fini, les écolos vous le répètent depuis les années 70, il serait temps que vous l'intégriez).

Ensuite, si on ne considère les déclarations de Chris Anderson que dans le champ de l'économie numérique, il ne fait que répéter le problème sur lequel la net économie butte depuis des années : comment faire payer dans un monde où l'information gratuite est très abondante (via les blogs, wikis, ...) et où les produits non-gratuits sont facilement "piratables" : musiques, films, logiciels, ...

Le discours général de Chris Anderson est une longue suite d'oxymores ("financer la gratuité" est mon préféré) et ses exemples lui tirent dans le pied (prendre l'exemple du gars qui prévoyait que l'électricité serait "too cheap to meter" et totalement contredit par la réalité, et tout particulièrement le PDG d'EdF qui réclamait le mois dernier une augmentation de l'électricité de 20% sur 3 ans).

Au final, rien de bien neuf. L'auteur fait une liste des propriétés rendant les contenus numériques "mieux que gratuits", ce qu'il faut comprendre par "payant" et liste comment essayer de se faire quand même un peu de blé dans cet univers si riche de produits accessibles gratuitement.

Son titre est trompeur, car il ne cherche pas tant à constater et se réjouir, que tout deviendrait éventuellement gratuit, mais cherche une fois de plus à répondre à la question qui taraude tout le monde : mais comment se faire du fric avec le Net ?

Parions que Chris Anderson va se faire un bon paquet de pognon avec son bouquin sur la gratuité ;-)