Globalisation, le pire est à venir - Patrick Artus Un autre bouquin que je me suis mangé quelques semaines ou mois après, c’était en décembre 2008 je crois, c’est Globalisation, le pire est à venir, de Patrick Artus et Marie-Paule Virard.

Patrick Artus n’est pas non plus la moitié d’un crétin : directeur de recherche à Natixis (oui, je sais, en ce moment, y a pas de quoi frimer), prof à Polytechnique et Paris I. Virard, elle, a été rédac-chef du magasine Enjeux-Les Echos de 2003 à 2008. Ils ont déjà publié ensembles Le Capitalisme est en train de s'autodétruire (2005) et Comment nous avons ruiné nos enfants (2006).

Bref, un bouquin d’économie, écrit par des économistes de poids. Très intéressant, et confirmant assez bien la lecture d’une brève histoire de l’avenir de Jacques Attali : la globalisation (c’est à dire le libre-échange) est une formidable machine à produire plus de richesses, à moindre cout. Mais ses effets secondaires sont clairement connus :

  • mis en compétition avec les salariés des pays pauvres payés 200 Euros / mois, les salariés des pays riches n’ont plus aucune marge de manoeuvre et se voient écrasés (enfin, leurs salaires) par la globalisation.
  • quelques salariés des pays pauvres voient leurs revenus augmenter un peu, mais les grands gagnants du libre-échange sont les détenteurs du capital  des pays riches comme des pays pauvres.
  • en conséquence de quoi, les riches deviennent de plus en plus riches
  • en conséquence de quoi, on voit apparaître une masse d’argent phénoménale dont les riches ne savent pas quoi faire (ils gagnent beaucoup plus qu’ils ne consomment)
  • cet argent, s’investit n’importe où, mais le truc idiot, c’est qu’au final, il y a trop d’argent par rapport à ce sur quoi on peut investir
  • cela provoque des bulles spéculatives, de plus en plus grosses, et de plus en plus fréquentes.

Le mécanisme est remarquablement bien expliqué dans ce livre, dont la conclusion est simple : les mêmes causes provoquant les mêmes conséquences, ça va être de pire en pire : plus de richesses mondiales et encore plus d’inégalités. Toujours beaucoup de pauvres, les pauvres des pays pauvres qui deviennent un peu moins pauvres ; les «pauvres» des pays riches (c’est nous) qui deviennent moins riches, et les riches qui deviennent encore plus riches.

Le monde croule sous les liquidités qui ne savent plus où s’investir, et qui, au grès des spéculateurs, font exploser un jour le prix du pétrole, l’autre celui des matières premières, le suivant celui des denrées agricoles, puis de l’immobilier ...

La seule solution de se sortir de ce cercle vicieux, pour Patrick Arthus, c’est une gouvernance mondiale qui impose un ré-équilibrage des inégalités (solution totalement idéaliste, utopique).

Là où je suis complètement soufflé, c’est qu’Arthus est incapable d’aller au bout de sa propre logique, pour critiquer le système à la racine, à son origine : le libre-échange = la globalisation.

Il décrit à merveille pourquoi le système tourne mécaniquement à la catastrophe, mais est incapable de dire que la seule solution réalisable en pratique, est simplement de réduire le libre-échange, de casser la globalisation (en clair, ré-introduire des droits de douanes et autres mesures protectionnistes) pour casser la dynamique inégalitaire et les bulles spéculatives.

Une moitié de son cerveau à tout compris et l’explique à merveille, et l’autre moitié refoule la seule solution logique évidente. Le problème ne venant pas du manque d’intelligence du sujet, je suggère humblement à Patrick Arthus d’aller rapidement consulter un psychologue qui l’aidera peut-être à découvrir pourquoi il refoule avec autant de ferveur l’évidence de la solution protectionniste.