Une brève histoire de l'avenir - Jacques AttaliJe ne suis pas spécialement un fan d'Attali. C'est un mec assez intelligent, et très instruit, mais qui dit et pense beaucoup de conneries, et parfois des énormes. Il a tout de même de nombreuses réflexions justes qui tapent dans le mile.

En tant qu'éminence grise de Mitterand, et conseiller de Sarkozy qui lui a commandé ses 100 mesures pour la croissance, Attali est pour moi une sorte d'incarnation du diable, tout en étant la preuve matérielle et irréfutable que la gauche et la droite classiques (de l'UMP au PS) ont bien plus de points communs que de différences.

C'est donc empreint de méfiance et de circonspection, mais aussi, avouons le, de curiosité, que je me suis acheté Une brève histoire de l'avenir, quand je l'ai trouvé au format poche dans un Relay H.

Ce qui m'a le plus intéressé dans ce livre, c'est, à l'encontre du titre, sa brève histoire du passé : l'histoire de notre civilisation occidentale, de ses villes pôles, qui dominèrent tour à tour l'histoire (Venise, Bruge, Londres, New-York,  ...) des raisons de leur ascension, puis de leur chute. Le caractère mécanique des changements de règne : je découvre une nouvelle technique, ou plutôt, je l'industrialise, elle devient la technique dominante du moment, et adossé à un arrière pays capable de me fournir de quoi alimenter ma nouvelle machine industrielle (en matériel ou homme) et bénéficiant d’une ouverture maritime pour commercialiser mes nouveaux produits, je deviens un boom économique à moi tout seul, et je domine le monde, pour quelques décennies ou quelques siècles.

Moi qui suis hélas très mauvais en Histoire, je me suis régalé à lire ce récit des élévations et des chutes de ces grandes citées. De nombreuses idées dominantes de ce livre (industrialiser une nouvelle production pour faire un bon productiviste et devenir riche tout en changeant le monde ; lorsque deux villes sont en guère, c’est souvent une troisième, qui ne participait pas au combat qui gagne ... exemple, l’Europe qui se ruine dans la guerre mondiale qui verra au final l’avènement des USA, arrivés tardivement dans la guerre) sont très intéressantes à assimiler.

C’est en lisant ce bouquin, pleins d’histoires de réussites et de déclins, que j’ai eu l’idée de l’industrialisation de la construction de maisons, avec BlocHouse : très bon exemple (bien que fictif encore) d’un nouveau saut productif, qui amène la fortune à celui qui l’impulse, et modifie le monde en profondeur.

Après une brève histoire du passé, Attali nous livre sa brève histoire de l’avenir, et là, c’est pas franchement joisse : le capitalisme, le libre-échange et le libéralisme vont engendrer, pour lui, un mode d’hyper-compétition qui dégénérera en d’hyper-conflit, où les états et tout ce qui pouvait constituer les sociétés solidaires, seront absorbées par une sorte de capitalisme total où tout sera marchandisé. Les USA, la Chine, exploseront sans doute sous la pression destructrice du marcher. C’est une vision de l’enfer, qu’Attali critique tout en la justifiant, qu’il  dénonce, tout en disant en gros «mais de toute façon, vous y aurez droit», tout en ayant quasiment tout  fait, dans son parcours, pour l'invoquer et la faire exister.

Face à ce capitalisme total, la seule solution de sortie est une hyper-démocratie, et après l’enfer, Attali nous offre une description de son paradis où l’homme nomadisé redevient altruiste, développe et construit des ONGs puis une gouvernance planétaire.

Au final, Attali nous livre dans son bouquin sa vision de la possible fin violente et terrible de l’humanité, ou de sa rédemption, de sa pacification.

Un livre intéressant à lire donc si vous voulez réfléchir sur notre évolution à tous.

PS : au passage, il y confirme la thèse économique du libre-échange : libre échange = mise en compétition des travailleurs des pays riches avec les travailleurs des pays pauvres. Même si, au total, le libre échange permet une augmentation de la richesse totale produite, il engendre aussi une augmentation formidable des inégalités, en provoquant cette double convergence : les riches des pays pauvres tendent à devenir aussi riches que les riches des pays riches, et les «pauvres» des pays riches (nos classes moyennes) tendent à devenir aussi pauvres que les pauvres des pays pauvres.